Le Service Civique, circulez, il n’y a rien à voir ! Vraiment ?

Lettre ouverte du syndicat Asso à Yannick Blanc, président de l’Agence Française du Service Civique

Monsieur Blanc vous avez déclaré : « On ne va pas recruter une armée de contrôleurs, nous n’en avons pas les moyens. Il ne faut pas bureaucratiser le système ». Merci ! nous voilà rassurés, nous commencions presque à croire qu’un vrai contrôle pourrait avoir lieu sur les lieux de missions des presque 100 000 jeunes volontaires en service civique qui travaillent (il n’y a pas d’autre mot) dans des associations ou des services publics.

Nous avons eu envie de sourire devant vos propos et puis nous avons eu honte. Honte pour tous ces jeunes, obligés de « s’engager » faute de trouver un vrai emploi, honte devant leur salaire de misère alors qu’ils bossent entre 24 et 48 heures dans la semaine, honte devant leur absence de droits et de protection sociale…

« On ne va pas recruter une armée de contrôleurs, nous n’en avons pas les moyens. Il ne faut pas bureaucratiser le système ».

Monsieur Blanc, vous qui affirmez que le service civique n’est ni « un emploi ni un stage », allez d’abord vérifier la réalité du travail de ces volontaires. C’est évidemment moins simple que de réciter des éléments de langage tout en fermant les yeux sur un système qui organise le sous-emploi des jeunes. Gérer la communication d’une association, promouvoir des compteurs linky, favoriser le mécénat d’entreprise pour d’énormes multinationales, mettre en place du soutien scolaire, organiser un événement interassociatif, ce sont là des tâches que décrivent les volontaires et qui relèvent du travail d’un salarié.

On comprend mieux vos bilans dithyrambiques et les éloges nombreux sur le dispositif. Sans trop de contrôle … Tout va pour le mieux ! Une présence dans les associations qui accueillent des volontaires donnerait bien entendu à voir la mission salariale réalisée et ferait tomber, du même coup, la justification de la précarité du statut de volontaire. Monsieur Blanc, un conseil, quand vous aurez envie d’agir pour « l’intérêt général » comme vous le dites si bien, œuvrez plutôt à créer des emplois pérennes plutôt que d’exploiter les volontaires au nom de « l’engagement ».

Sans trop de contrôle … Tout va pour le mieux !

Votre déclaration est d’autant plus inacceptable dans un contexte social de culte de la performance et d’évaluation des politiques publiques. Ainsi, le candidat Emmanuel Macron nous a promis que les chômeurs seraient encore plus contrôlés, et donc stigmatisés, avec l’obligation d’accepter n’importe quel emploi qui leur serait proposé. Mais aucun effort ne sera fait pour vérifier que des milliers de volontariats de service civique ne sont pas, ce que pourtant nous savons parfaitement, du travail dissimulé.

Dans le même temps Jean-Michel Blanquer, ministre de l’éducation nationale en charge de de la jeunesse, a promis le 29 juin dernier devant le Conseil d’orientation des politiques de jeunesse « une montée en charge » du dispositif. Il a argué d’un « grand consensus national sur la question ». Ce consensus est évidemment factice puisque le service civique est dénoncé, par Solidaires notamment, depuis de nombreuses années. Or notre syndicat est, sur la base des élections professionnelles des quatre dernières années, devenu représentatif dans la convention collective de l’animation, branche professionnelle très pourvoyeuse de volontariats en service civique.

Emmanuel Macron nous a pourtant assuré récemment, en grande pompe à Versailles : « Il nous incombe de décrisper des tensions inutiles et de donner, prioritairement à la jeunesse, de nouvelles espérances. Il appartiendra au Parlement de s’assurer d’une action publique plus efficace, en axant son travail sur l’évaluation des politiques publiques. » Serions-nous dans l’enfumage ?

3 réflexions sur “ Le Service Civique, circulez, il n’y a rien à voir ! Vraiment ? ”

  1. Bien sûr que le service civique n’est pas parfait, mais il ne faut pas nier qu’il a également permis à un grand nombres de jeunes de s’orienter et de trouver leurs voies.
    ça en embête peut être certains, mais oui le service civique a changé ma vie, sans lui personne ne m’aurait laissé ma chance, et je serai sans aucun doute encore entrain de bosser sous xanax en intérim dans une usine de merde (si si, c’est du vécu).
    Mais grâce à l’expérience acquise durant mon service civique et mon service volontaire Européen, je trouvé ma voie et j’ai pus me faire une place dans le monde de l’associatif, plus motivé que jamais je suis moi même entrain de créer ma propre association (oui, oui, moi, l’ex-intérimaire dépressif et sans diplôme).

    Pendant ces deux années de volontariat, je n’ai piqué la place d’AUCUN salarié et je n’ai jamais considéré ces missions comme un boulot salarié, non, pour moi c’était du bénévolat rémunéré et j’en étais ravi.

    « vous qui affirmez que le service civique n’est ni « un emploi ni un stage », allez d’abord vérifier la réalité du travail de ces volontaires. »
    Je vous retourne le conseil, vous ne connaissez rien de la réalité de NOTRE travail.

  2. Je ne me permettrais pas de débattre sur le fond de vos revendications.
    Mais il est clair (et hypocrite) de penser, et dire que le service civique n’est pas un tremplin vers une insertion professionnelle pour une proportion non négligeable de jeunes. La réflexion peut porter sur la part de « choisis » ou « subis », comme les temps partiels, du nombre de jeunes prenant ce chemin.
    Clairement, je le vois comme une « opportunité de première expérience en milieu professionnel pour celles et ceux qui se retrouvent sans rien ». Mais on ne peut pas penser et faire cela sans penser à leurs droits, surtout à la formation et à l’indemnisation chômage et retraite ! C’était la position que nous avions défendu en mars 2015 dans un article appelé « Service civique : Il faudra être vigilant sur l’utilité sociale attendue  » (http://www.ressources-solidaires.org/Service-civique-Il-faudra-etre) pour un entretien pour la gazette Santé Social.

    Ce qui nous vaut à chaque fois, une volée de bois vert de la part de quelques grands acteurs associatifs…

    1. Au delà même du montant financier de la contrepartie de travail, du cadre horaire possible, dès lors que la mission s’effectue dans un cadre de relation subordonnée c’est un contrat de travail. Point barre. Et tel est bien le cas du SC dont on voudrait nous faire croire qu’il serait un contrat de collaboration comme si le volontaire n’exerçait pas sa mission dans un cadre subordonné (horaire, encadrement, mission elle même etc…) Le CPE est tombé pour bien moins que ça. cordialement

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