Le salariat associatif : entre engagement militant et statut professionnel

Ce que nous révelent les suppressions des emplois aidés sur les difficultés et les contradictions du salariat dans le monde associatif.

Le monde associatif compte aujourd’hui 1,8 millions d’emplois salariés, ce qui correspond à 10% de l’emploi salarié du secteur privé en France. Le salariat associatif est marqué par une dualité entre engagement militant et statut professionnel. Il ouvre une opportunité de travail gratifiant au service de l’intérêt général, mais doit s’adapter à la complexité de travailler avec des employeurs bénévoles.

 

Le secteur associatif s’est très largement professionnalisé depuis les années 1980 avec un développement accru du salariat (bien qu’une très grande majorité des associations n’emploie aucun salarié) qui fait suite à la forte sollicitation des pouvoirs publics pour que le secteur associatif mène des politiques auparavant « réservées » à l’Etat (urgence sociale, démocratisation de la culture par exemple). Il devient ainsi un « opérateur public » à part entière.

 

L’emploi associatif est porté par le bénéfice de politiques d’emploi spécifiques (emplois–jeunes nouveaux services, CUI/CAE, emplois tremplins, et dans une certaine mesure service civique), alors qu’il est parfois un piètre employeur : 53% des salarié.e.s associatifs sont en CDI contre 88 % dans le privé lucratif et 83% dans la fonction publique, 50% des emplois associatifs sont à temps partiels allant jusqu’à 70% dans les seuls secteurs du sport et de la culture.

 

Une dichotomie très forte s’installe entre l’objet social même des structures associatives qui portent des notions d’éducation populaire, de progrès social, d’égalité et la réalité des conditions de travail des salarié.e.s au sein de ces structures.

 

La multiplication des contrats atypiques avec des mesures dérogatoires au code du travail, la libéralisation du financement associatif (passage d’une logique de subvention de fonctionnement à une logique de mise en concurrence sur des marchés ponctuels), la porosité entre le statut de bénévole et de salarié entraînent le secteur associatif vers une « chalandisation du social » qui fait perdre le sens même du travail associatif et vers une précarité accrue pour les salarié.e.s qui font vivre les associations.

 

Quel sens a le travail associatif quand nous assurons toujours plus de missions et de tâches avec moins de moyens ?   Quand nous passons plus de temps à réaliser des comptes-rendus et à justifier d’une action qu’à mener l’action en elle-même ? Comment défendre les plus démunis, porter un discours politique progressiste en étant soi-même précaire et mal payé ?

 

La suppression brutale et inique des contrats aidés sont le reflet de la vision jacobine qu’a l’État du monde associatif et de ses salarié.e.s : une « sous-fonction publique » mobilisable et jetable à tout moment pour faire réaliser des missions d’intérêt général à bas coûts par des salarié.e.s précaires mais engagé.e.s.

 

En quelques dizaines d’années, l’Etat a fait du secteur associatif un laboratoire du néolibéralisme. Le secteur associatif dont les objectifs initiaux étaient de jouer un rôle de contre-pouvoir à la puissance publique et de porter une alternative à la société marchande se retrouve aujourd’hui entièrement dépendant des miettes que veut bien lui donner l’Etat (appel à projet à bas coûts, « volontaires » payées 573€ par mois, contrats aidés, etc.).

 

Les premières victimes de ce constat sont les salarié.e.s associatifs. Isolé.e.s dans leurs structures (55 % des associations employeuses ne comptent qu’un.e à deux salarié.e.s), engagé.e.s et militant.e.s,  ils et elles peinent à faire entendre leurs voix alors même que leurs travails perdent de leur sens ou que leurs conditions de travail sont très dégradées.

 

Comment changer les choses ? Les revendications d’ASSO pour un emploi associatif de qualité :

Maintien et CDI-sation de tou.te.s les salarié.e.s en contrats aidés et en contrats atypiques et abrogation des mesures dérogatoires au droit du travail
Abrogation des exonérations patronales attachées à certains contrats (CUI-CAE) et aux bas salaires (CITS) pour la préservation de notre modèle social basé sur la solidarité.
Généralisation des subventions pluriannuelles au fonctionnement (type Convention Pluriannuelle d’Objectif, CPO) afin de pérenniser les emplois associatifs.
Organisation d’élections « Délégué du Personnel » et l’ouverture des droits IRP à toute association, quel que soit le nombre de salarié.e.s ;
Une convention collective pour toutes et tous ;
Obligation de formation sur les « responsabilités employeurs » pour tou.te.s les membres  du bureau d’une association.

 

Florian MARTINEZ, co-porte-parole du syndicat ASSO Solidaires pour la revue Présence du MPEF

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